Le Mercredi 22 Juillet
Avant que la musique commence






















Première vraie accréditation. En franchissant les barrières, j’ai un peu la sensation de découvrir l’envers du décor. Tout ce que le public ne voit jamais. Un mélange étrange entre festival et plateau de cinéma où chacun semble savoir exactement ce qu’il doit faire.
Partout, des bénévoles s’activent. Certains accueillent les artistes, d’autres orientent le public ou gèrent la logistique. Ce qui frappe rapidement, c’est le sentiment qu’ils ont toujours été là. Comme si le festival n’était qu’une parenthèse dans une mécanique parfaitement huilée qui existe déjà le reste de l’année.
Esther m’explique que certains équipements voyagent d’événement en événement. Entre deux concerts et trois barrières Vauban, je découvre même que certains éléments ont déjà participé à d’autres festivals, parfois beaucoup plus connus. J’ai donc peut-être photographié les toilettes du Hellfest. Ce qui, soyons honnêtes, n’arrive probablement pas très souvent.
Les coulisses




Derrière la scène, les derniers préparatifs se poursuivent tranquillement. On vérifie un câble, on échange quelques mots avant que la soirée ne prenne son rythme.
Le batteur de La Ptite Fumée est occupé à couper les cheveux du bassiste du groupe. Une opération dont l’utilité reste discutable quand on sait que l’intéressé passe une bonne partie de son temps sur scène avec un bob vissé sur la tête. Mais visiblement, la question capillaire est prise très au sérieux. Je ne suis pas bassiste, alors il y a certainement une logique que je ne suis pas en mesure de comprendre.
Plus tard dans la soirée, un musicien de Fuzzy Brass Four quitte tranquillement la scène après son passage avec Matmatah. Quelques minutes plus tôt, plusieurs milliers de spectateurs avaient les yeux tournés vers lui. Désormais, il traverse simplement les coulisses comme si de rien n’était. C’est aussi ça, les festivals.
J’aime bien ces moments. Ils ne figurent jamais au programme officiel mais racontent souvent autant de choses qu’un concert lui-même.
Le concert












Dès les premières minutes, je comprends pourquoi tant de photographes parlent de la photo de concert comme d’un sport de combat. La lumière change sans prévenir. Les artistes ne restent jamais en place. Et chaque objectif semble soudain celui qu’il ne fallait pas monter.
Je passe une partie de la soirée à jongler entre les réglages, les focales et les positions. Une fois encore, la musique passe parfois au second plan pendant que mon cerveau cherche le prochain cadre intéressant.
Mais c’est précisément pour ça que j’étais là. Les lumières sont incroyables, les artistes donnent tout et certaines images apparaissent exactement comme je les imaginais. Mention spéciale à Léo qui, à lui seul, a probablement amélioré plusieurs de mes photos en décidant de mettre le feu à la scène.
Ce que je retiens

Ce qui m’a le plus surpris ce soir-là, ce n’est peut-être pas le concert. C’est tout ce qu’il y a autour. Toutes ces personnes que le public ne remarque presque jamais et qui pourtant rendent l’événement possible.
En me lançant dans cette aventure, je n’avais aucune idée de la façon dont les choses allaient se dérouler. Finalement, tout s’est passé beaucoup plus naturellement que ce que j’imaginais. Chacun fait sa part du travail et l’ensemble fonctionne remarquablement bien.
Et puis il y a ce moment particulier de retour à la maison. L’ordinateur allumé. Les cartes mémoire pleines. Le début du tri. Une autre aventure commence. À la fin de cette première soirée, j’ai surtout la sensation d’avoir trouvé ma place : pas forcément visible, mais suffisamment présent pour raconter l’histoire à travers mes images. Et, déjà, l’envie de revenir dès le lendemain.
Le Jeudi 23 Juillet
Avant que la musique commence




Je reviens sur le festival avec une sensation différente de la veille. Je n’attends personne en particulier ce soir. Si je suis honnête, la seule vraie image que j’ai déjà en tête avant même d’arriver concerne Yann Muller. Je sais qu’il y a probablement quelque chose d’intéressant à faire avec lui.
La veille a été longue. Très longue. Entre le travail la journée et le festival le soir, les heures de sommeil commencent déjà à devenir une notion assez théorique. Pourtant, une fois sur place, l’énergie du festival reprend rapidement le dessus.
Cette fois, je prends davantage le temps d’observer. Les discussions, les bénévoles, les visiteurs qui profitent de la soirée, les détails qui passent généralement inaperçus quand on court après une photo. Pour une fois, je me laisse porter par l’ambiance.
Les coulisses


















Les visages commencent à devenir familiers. Les bénévoles sont toujours partout à la fois et donnent toujours l’impression que tout fonctionne naturellement. Pourtant, plus je découvre l’envers du décor, plus je réalise la somme de travail nécessaire pour que cette impression de simplicité existe.
Je me promène davantage que la veille. Sans objectif précis. Ou presque. Je regarde ce qui se passe, je discute parfois et je photographie quand quelque chose attire mon attention. C’est probablement à ce moment-là que je commence réellement à prendre mes marques dans le festival.
Je ne suis plus tout à fait un visiteur, mais je ne fais évidemment pas partie de l’équipe non plus. J’occupe une place étrange quelque part entre les deux. Une place qui me convient plutôt bien.
Les bénévoles






Au fil de la soirée, je commence à regarder un peu moins la scène et un peu plus tout ce qui se passe autour. Les artistes attirent naturellement les regards, mais ce sont souvent les bénévoles qui retiennent mon attention.
Ils sont partout sans jamais vraiment se faire remarquer. À l’entrée, derrière les stands, dans les zones techniques ou simplement en train d’orienter les visiteurs. Certains courent dans tous les sens, d’autres semblent parfaitement détendus. Pourtant, sans eux, rien ne fonctionnerait.
Plus la soirée avance, plus je réalise que le festival repose sur cette armée discrète de passionnés. Ils connaissent les lieux, les habitudes, les imprévus et les solutions. Ils donnent l’impression que tout est simple alors que derrière chaque détail se cache souvent plusieurs heures de travail.
Je suis venu pour photographier un festival. Finalement, je passe aussi beaucoup de temps à observer celles et ceux qui le rendent possible.
Ce que je retiens

Cette deuxième soirée m’apprend quelque chose d’important. Il n’est pas nécessaire d’être passionné par chaque artiste pour passer une excellente soirée photo.
À force de revenir sur le site, le regard évolue. On commence à voir autre chose que la programmation. On remarque les détails, les habitudes, les visages familiers et toute cette vie parallèle qui existe autour du festival.
La fatigue est bien présente, mais l’envie l’est encore davantage. Et lorsque je rentre pour attaquer une nouvelle séance de tri avant une nouvelle journée de travail, je réalise que je suis déjà impatient de revenir le lendemain.
Le Vendredi 24 Juillet
Avant que la musique commence








Troisième soirée à Cognac. À force de croiser les mêmes visages depuis plusieurs jours, je finis par circuler en backstage avec une facilité presque déconcertante. Les barrières paraissent moins hautes, les discussions plus simples et les visages beaucoup plus familiers.
Les coulisses



















Je découvre Mathilda pendant les balances. Elle est accompagnée d’une petite chienne aussi adorable qu’impossible à suivre. Une véritable pile électrique qui traverse les coulisses dans tous les sens et transforme chaque tentative de photo en défi sportif.
Mathilda comme Augustin se montrent particulièrement accessibles. Mathilda accepte volontiers de poser avec un verre de cognac à la main tandis qu’Augustin joue le jeu devant un XO de chez Rémy Martin. Même accueil du côté de Ludovic Louis, saxophoniste de Christophe Maé, qui accepte lui aussi de se prêter à quelques photos entre deux préparatifs.
Un peu plus tard, je croise Christophe Maé qui arrive simplement, sans escorte ni mise en scène particulière. Un rapide bonjour, un sourire, puis chacun retourne naturellement à ce qu’il a à faire. Rien d’extraordinaire en apparence, mais ce sont souvent ces moments-là qui restent le plus en mémoire.
Ce n’est que juste avant l’entrée en scène de Christophe Maé et de son équipe que j’apprends un détail plutôt important : je n’étais en réalité pas censé avoir autant de liberté dans les coulisses. Sur le moment, plusieurs regards surpris m’avaient déjà mis la puce à l’oreille. Avec le recul, je comprends un peu mieux certaines réactions croisées au fil de la soirée.
Le concert



















Puis les lumières prennent le relais et la soirée s’installe progressivement. Cette fois, je découvre Mathilda dans sa tenue de scène. L’image contraste complètement avec celle des balances quelques heures plus tôt. Plus concentrée, plus investie dans son rôle d’artiste, tout en restant toujours aussi accessible lorsqu’on l’approche en coulisses.
Côté photographie, les règles semblent avoir leur propre logique. Cette fois-ci, nous sommes autorisés à photographier les trois premières chansons du concert de Christophe Maé. Quelques jours plus tôt, pour Matmatah, c’était exactement l’inverse : interdiction pendant les trois premiers morceaux. Je soupçonne encore aujourd’hui un léger mélange dans l’organisation, mais cela fait aussi partie du charme de ce genre d’événement. Il faut savoir s’adapter en permanence.
Ce que je retiens

Après trois jours passés entre la scène, les coulisses et les allées de la Fête du Cognac, je repars avec bien plus que quelques cartes mémoire remplies.
Photographier un festival demande de l’énergie. Beaucoup plus que je ne l’imaginais au départ. Il faut être partout, tout le temps, rester attentif au moindre détail et s’adapter en permanence. Finalement, ce n’est pas si différent des autres spécialités photographiques. Comme l’astrophotographie, l’animalier ou la photo de rue, la photographie de concert possède ses propres codes et sa propre façon de voir le monde.
Mais ce qui m’a le plus marqué reste sans doute l’envers du décor. Les balances, l’agitation avant l’ouverture des portes, les rencontres, les discussions improvisées et cette énergie particulière qui règne en coulisses. Le public vient pour les concerts. Moi, je découvrais aussi tout ce qui se passe autour. Et c’est souvent là que naissent les souvenirs les plus durables.
Et puis, soyons honnêtes, après avoir découvert tout cela de l’intérieur, il y a de fortes chances que je revienne l’année prochaine.