Le samedi 25 Juillet
Avant que la musique commence




Quand j’arrive sur la plage, le vent est déjà là. Pas la petite brise pour touristes en tongs. Le vrai vent qui s’invite partout, qui secoue les bâches et oblige tout le monde à garder un œil sur ce qui risque de s’envoler.
Les premiers spectateurs arrivent tranquillement pendant que les équipes terminent les derniers préparatifs. Au loin, le soleil commence à descendre mais quelque chose cloche. Il est rouge. Vraiment rouge. À ce moment-là, les incendies en Gironde occupent tous les journaux télévisés et les fumées remontent jusque chez nous. Ça donne à la lumière une drôle d’ambiance.
Les coulisses













Derrière la scène, personne ne pense encore vraiment au concert. Chacun a autre chose à faire.
J’aime bien ces moments. Personne ne pose encore. Personne ne joue encore. C’est sans doute là que les images sont les plus honnêtes.
Ce soir-là, Stella Almondo me confie d’ailleurs une inquiétude bien loin de la musique. Avec le vent qui souffle sur la plage, elle redoute surtout le sable dans les yeux. Porteuse de lentilles, elle sait que quelques grains mal placés peuvent vite compliquer une prestation. Quelques heures plus tard, personne dans le public ne s’en doutera.
Le concert














Puis les lumières s’allument et le calme disparaît immédiatement. Les ISO montent, les vitesses changent sans arrêt et le vent continue de faire ce qu’il veut. Il ne lit visiblement pas le programme.
Très vite, la musique passe au second plan. Pas parce qu’elle n’est pas bonne. Au contraire. Mon cerveau est simplement occupé ailleurs. Je cherche des regards, des gestes, des jeux de lumière, des détails que personne ne remarquera peut-être. Pendant que le public profite du concert, je cours après les images.
Entre deux séries de photos, je prends quand même le temps de regarder ce qui se passe devant moi. Des milliers de personnes, un coucher de soleil improbable et une scène qui semble flotter entre l’océan et le sable. Il y a pire comme bureau.
Ce que je retiens

Quand on me parle de un Violon sur le Sable, les gens évoquent souvent les artistes ou le programme.
Moi, je repense d’abord au vent et au froid. Je repense aussi à ce soleil rouge suspendu au-dessus de l’horizon, teinté par les fumées des incendies qui ravageaient alors la Gironde.
Et puis je repense à toutes ces petites choses qui se passent avant que la première note ne soit jouée. Parce qu’au fond, c’est souvent là que commencent les meilleures photos.
Le vendredi 31 Juillet
Avant que la musique commence




Quelques jours après mon premier passage, retour sur la plage de Royan. L’ambiance est différente. Le vent qui s’était invité lors de la précédente soirée semble avoir enfin décidé de prendre des vacances. L’air est plus doux, plus calme aussi.
Les fameuses licornes sont déjà au travail et déambulent parmi les spectateurs pour vendre les programmes. Les enfants courent dans tous les sens, les familles s’installent, les touristes découvrent les lieux et chacun cherche le meilleur point de vue pour profiter du spectacle à venir.
L’odeur de brûlé qui flottait encore quelques jours plus tôt a presque disparu, même si le soleil conserve parfois cette teinte étrange qui rappelle que les incendies en Gironde continuent de marquer l’horizon bien au-delà des zones touchées.
Pendant que la plage se remplit tranquillement, certains techniciens profitent encore de quelques minutes de répit. Le calme ne durera pas longtemps.
Les coulisses












En coulisses, les derniers préparatifs battent leur plein. On vérifie les retours, on ajuste les éclairages, on contrôle une dernière fois ce qui pourra encore l’être. Le calme apparent cache une activité permanente.
Les artistes arrivent progressivement et prennent leurs marques. Certains découvrent la plage, d’autres immortalisent l’instant avec leur téléphone. Forcément, le photographe en moi ne résiste pas longtemps à la tentation de photographier Cyrille Dubois en train de prendre une photo. Chacun son métier.
Au même moment, les cadreurs peaufinent leurs mises au point, les régisseurs multiplient les allers-retours et toute la machine se met lentement en ordre de marche. Les sourires sont encore détendus, mais tout le monde passe progressivement en mode guerrier.
Le concert












Puis la lumière change et les derniers rayons du soleil disparaissent progressivement derrière l’estuaire. Les projecteurs prennent doucement le relais et la soirée peut réellement commencer.
Sous la direction de Jérôme Pillement, les artistes se succèdent au fil du programme et la plage se transforme peu à peu en salle de concert à ciel ouvert. Chaque intervention apporte une couleur différente à une soirée qui se construit morceau après morceau.
Depuis les coulisses, le concert ne se résume pas à la scène. Il y a les techniciens qui surveillent le moindre détail, les cadreurs qui suivent l’action à quelques mètres des artistes, les musiciens qui attendent leur entrée et tous ces petits instants que le public ne verra jamais. C’est une autre façon de vivre le spectacle.
Ce que je retiens

Cette édition restera un très bon souvenir. Entre les coulisses, les rencontres, les artistes et cette ambiance toujours particulière propre à un Violon sur le Sable, l’expérience mérite largement d’être vécue de l’intérieur.
En quittant la scène, je me dis surtout qu’il serait dommage de manquer les quarante ans du festival l’année prochaine. Certaines aventures méritent une suite.
Et puis il y a ce feu d’artifice final. Vu depuis la plage, il est déjà impressionnant. Vu depuis la scène, avec tout le dispositif derrière soi et des milliers de personnes face à l’océan, il prend une toute autre dimension.